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Réflexion

Origines et carrières des trois films

La Môme, une grande carrière

Le film d'Olivier Dahan, inspiré de l’autobiographie d'Edith Piaf, a connu un immense succès public en France. Mais sa carrière ne s'est pas arrêtée là :

Le long-métrage (...) est en passe de devenir l’un des films français les plus connus au monde. Rebaptisé La Vie en rose outre-Atlantique, La Môme est en passe de s’imposer comme l’une des productions françaises les plus connues du monde.(...). A ce jour, La Vie en rose a rapporté 10 millions de dollars rien qu’aux Etats-Unis et 66 millions d’euros à travers le monde.
Loïc Torino-Gilles pour Francesoir.fr

Sagan destiné au petit écran

Pour qui n'arrivait pas à faire le distinguo entre un film et un téléfilm, Sagan est un cas d'école. Initialement destinée au petit écran, cette bio de la célèbre écrivain est réalisée machinalement et sans aucune personnalité. Seulement voilà, le temps du téléfilm étriqué est dépassé. Désormais habitué à voir de très bonnes choses dans son salon, on est très étonné de découvrir un produit si banal au cinéma.
Christophe Carrière pour Lexpress.fr

Sans doute est-ce le succès de La Môme, tonitruant biopic d'Edith Piaf, qui a fait rêver l'Europacorp de Luc Besson, et l'a poussé à sortir en salles une version raccourcie de ce téléfilm destiné au petit écran.
Jean-Luc Douin pour Le Monde

Bande Annonce TV - Sagan

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Coco avant Chanel, inspiré par un livre et par l'air du temps

IrreguliereAnne Fontaine s'inspire pour Coco avant Chanel de la biographie d'Edmonde Charles-Roux aux éditions Grasset Irrégulière. Plusieurs projets d'écritures aussi bien littéraires que cinématographiques autour de la vie de Coco Chanel ont vu le jour assez récemment.

Sur grand écran comme sur papier, la figure emblématique de la mode n'en finit pas d'inspirer le monde et de fasciner les foules. Qu'ils aient servi de sources écrites pour l'une ou l'autre des adaptations cinématographiques, ou qu'ils offrent une simple approche complémentaire.
Jeanne Garcin pour nouvelobs.com

Sur le petit écran, Christian Duguay a réalisé un téléfilm en 2008 (...). En 2009, Jan Kounen choisit de retracer à son tour la vie de la Demoiselle, dans Coco Chanel & Igor Stravinsky (...).
A noter qu'iI y a deux ans de cela, William Friedkin s'était engagé sur le même projet (...). La même année, Danièle Thompson projetait de réaliser un biopic sur la vie de Coco Chanel.

Allociné

 

Par ailleurs, Pierre Murat nous rapelle dans un article de Télérama.fr que Gabrielle Chanel avait déjà été incarnée au cinéma par Katharine Hepburn Danielle Darrieux, Marie-France Pisier, Shirley MacLaine, Barbora Bobulova…

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Quand les étoiles du cinéma français rencontrent les stars de la culture française

Alchimie de la réincarnation : grands louanges et petites histoires

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Grands louanges : des rôles titre au coeur des films et de leurs promotions

La qualité d'interprétation de l'acteur principal est un des attendus inconditionnels du genre biopic. Maquillage, mimétisme, … tout sera bon pour provoquer cette alchimie et susciter la fascination des spectateurs. Les succès de nos trois biopics féminins sont indissociables du choix des actrices et de leur travail de composition. Qu'elles soit saluées ou dépréciées, les performances d'actrices sont l'un des ressorts majeurs des films et de leurs dispositifs de promotion. A tel point que certains observateurs vont jusqu'à se demander : Une "performance" d’acteur peut-elle "faire" un film ?

Sans Sylvie Testud on ne donnait pas cher de Sagan de Diane Kurys, produit télé conçu à l’origine pour une diffusion rapide et éphémère si les décideurs n'avaient pas été étonnés par sa qualité. L’interprétation de la comédienne en fait une œuvre extrêmement plaisante, parfois fascinante. (...) Reste à déterminer ce qui dans la fascination que procure le jeu de l’actrice ce qui ressort du mimétisme, de l’imitation talentueuse (...) d’une personnalité restée dans la mémoire collective, et ce qui appartient la "construction du personnage" au sens stanislavskien* du terme.
zerodeconduite.net

* Pour Stanislavski, l'interprétation consiste à créer sur scène la vie, l’esprit profond d’un être humain et l’exprimer de manière artistique, selon sa propre voie.

Extraits des revues de presse

L’interprétation confondante dans les gestes, les intonations et l’impétuosité du caractère par une Sylvie Testud sidérante de talent, d’émotion, de conviction

Elle réussit non pas à imiter mais à recréer, à faire revivre une Sagan plus vraie que nature.

Marion Cotillard fait un numéro qui ne laisse pas indifférent, une composition qui arrache l'émotion au forceps. On retient cela : cette performance.

Brutalement - et superbement - métamorphosée en Chanel, (...) Audrey Tautou regarde.

La réussite d’un tel portrait filmé tient beaucoup à l’incarnation du personnage par l’acteur. Nul doute, ici : Audrey Tautou est Chanel.

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Petites histoires : expériences de composition et de rencontres véritables

Épitextes consacrés du cinéma, les récits qui entourent le tournage sont livrés lors des interviews filmées ou écrites qui rythment les campagnes de promotion. Ces récits rejoignent l'aura du film et contribuent à en former la légende a posteriori - mais aussi parfois dès le lancement du film. Concernant les films biographiques, le public raffole d'anecdotes qui participent à la mystification de la rencontre entre l'acteur et son personnage. Attendus au tournant, les promoteurs du film savent qu'ils vont devoir objectiver ce déclic intime avec une force de conviction toute particulière.

Marion Cotillard : « C’était long, difficile »

Récompensée 23 fois pour sa performance, l'actrice a eu maintes fois l'occasion de parler de son expérience :

J’arrivais sur le tournage à cinq heures du matin, car il fallait cinq heures de maquillage, porter un faux crâne et une prothèse dentaire pour avoir les dents plus en avant et son phrasé si particulier. Je me transformais sous les doigts agiles et talentueux du maquilleur Didier Lavergne. Il changeait la texture de ma peau en y faisant apparaître des veines, des rides. C’était long, difficile mais ce temps de préparation me permettait de mieux comprendre, cerner, m’approcher de mon personnage. J’ai visionné ses spectacles afin d’enregistrer ses gestes, sa démarche, sa manière de se tenir en scène, précise l’actrice. J’ai regardé ses interviews en boucle pour percer son mystère, son tempérament, son humour, son côté contradictoire, sa foi en Dieu chevillée au corps. J’ai rencontré Georges Moustaki et Ginou Richer, ses amis intimes qui m’ont éclairée sur le comportement souvent explosif et violent de cette immense chanteuse réaliste qui chantait l’amour comme personne. À la lecture du scénario, je ne comprenais pas, en effet, son côté tyrannique, excessif. J’ai réalisé alors combien elle avait peur de la solitude et de l’abandon.
Citée par Brigitte Baudin pour Madame Figaro

Sylvie Testud : « J'ai procédé par étapes, comme un enfant qui apprend une langue étrangère »

Répondant à Mathilde Blottière dans Télerama, l'actrice souligne l'embarras qu'a suscité chez elle l'attente d'une telle performance.

J'étais d'autant plus terrorisée que je ne suis pas une adepte du feu d'artifice permanent...Je ne voyais que trop la dimension casse-gueule du rôle : incarner Sagan, c'est accepter le risque d'un triple accident. Sa silhouette, son attitude, et surtout son rythme exigent de l'actrice une déformation corporelle, intellectuelle et verbale. Quand j'ai pris conscience de l'ampleur du travail, j'ai eu très peur. Et puis je me suis calmée, j'ai procédé par étapes, comme un enfant qui apprend une langue étrangère.

Sylvie Testud
Françoise Sagan (1958)

Audrey Tautou : « J’ai toujours pensé que je croiserai un jour ce personnage »

Dans le dossier de presse de Coco avant Chanel, on trouvera les propos d'Anne Fontaine tout aussi édifiants :

Il fallait que l’interprète allie à la fois cette silhouette gracile et cette force de caractère, ce côté main de fer dans un gant de velours. Audrey a la taille la plus fine du monde ! Elle a aussi ce côté «petit taureau noir» comme disait Paul Morand à propos de Chanel, et une grâce, une finesse, un charisme indiscutable. Je n’avais pas encore écrit une ligne du scénario quand j’ai rencontré Audrey, mais je savais que si elle m’accordait sa confiance, et si la production me donnait son accord pour s’en tenir uniquement aux années de formation, alors je pourrais me lancer dans l’aventure de mon premier film d’époque. J’étais assez angoissée le jour où j’ai remis à Audrey Tautou une première version du scénario. Je lui ai dit : – Vous avez tout à fait le droit de refuser, mais comme je ne vois personne d’autre que vous pour tenir le rôle, j’arrêterai si vous me dites non. (…) Audrey m’a dit : J’ai toujours pensé que je croiserai un jour ce personnage. Elle se savait prédestinée pour le rôle. (…) Karl [Lagerfeld] m’avait dit en voyant des photos d’Audrey Tautou, quelle était la seule vraie Chanel.

Audrey Tautou Coco Chanel (1937)

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Le récit historique sous emprise du mélodrame

Une histoire de compromis entre le réel et l'imaginaire

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Rendre honneur à la vérité tout en servant la vision du réalisateur

Pour les cinéastes comme pour les acteurs, le genre biopic induit une réapropriatation de l'histoire. En amont, le travail de documentation permet d'avoir une bonne connaissance de la vie du personnage titre, mais aussi de comprendre son époque pour mieux l'ancrer dans son contexte d'évolution. Les dialogues, les décors, les costumes, la mise en scène doivent rendre justice à l'histoire, tout en lui conférant les attributs du spectacle. Un exercice délicat et très exposé à la critique.

Il faut être vigilant à toujours rester dans le sujet plus que dans l’époque,
et dédier le monde que l’on fabrique à l’histoire, aux sentiments et au point de vue du réalisateur,
c’est ce qui donne de la tenue à un film.
Olivier Radot, le décorateur de Coco Chanel, Dossier de presse de Coco avant Chanel

« Il faut se libérer du diktat biographique »

Pour interpréter un personnage célèbre, il faut se libérer du diktat biographique, sinon on n’aurait pas retrouvé la fraîcheur nécessaire. Avec mes co-scénaristes, nous avons dû bien évidemment inventer parfois certaines répliques ou citations, faire des contractions de temps, modifier ou condenser des personnages. Le rôle interprété par Marie Gillain est un mélange de la vraie soeur de Chanel et d’Adrienne, sa tante, qui avait le même âge qu’elle et la même ambition de s’en sortir. Emilienne, interprétée par Emmanuelle Devos, s’inspire de la célèbre comédienne Gabrielle Dorziat et d’Emilienne d’Alençon, danseuse de cabaret et grande courtisane. En réalité, Boy Capel (...) est mort plus tard. En fait on sait peu de choses sur les premières années de sa vie. Et puis Chanel mentait comme elle respirait. Elle disait une phrase que je trouve sublime : - J’ai inventé ma vie parce que ma vie ne me plaisait pas.
Anne Fontaine, Dossier de presse de Coco avant Chanel

« Retrouver l’esprit plutôt qu’en conserver la lettre »

Le film devient une fiction(...). Tout est vrai, et tout est un peu réinventé. Evidemment, les spécialistes de Sagan pourront toujours trouver à redire sur tel événement qui ne s’est pas produit comme je le raconte. Par exemple, en mai 68, Françoise Sagan est allée à l’Odéon dans sa Maserati : comme je n’avais pas envie de reconstituer cet épisode, j’ai transformé l’histoire, et j’ai préféré en retrouver l’esprit plutôt qu’en conserver la lettre..
Diane Kurys, Interview
tirée du dossier de presse de Sagan

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L'hommage formel au secours de la liberté de création

Il ne sera pas rare, pour justifier les libertés prises par les réalisateurs, de voir utiliser l'argument selon lequel le film ressemble à l'artiste. On lui attribue par homologie les caractères qui définissent le personnage central.

Je crois que si elle [Françoise Sagan] voyait le film, elle ne serait pas trop mécontente, y compris en ce qui concerne les tricheries : elle adorait inventer !
Diane Kurys, Interview tirée du dossier de presse de Sagan

C’était pour moi très important que le film lui ressemble, qu’il n’y ait pas de chichi, pas de lyrisme esthétique. Le style de Chanel est reconnaissable entre tous par sa rigueur, la simplicité élégante de ses lignes. (...) C’est une jeune femme qui ne tient jamais en place, dit Anne Fontaine, il fallait donc être dans le pulsionnel, et que la caméra ait quelque chose de sensuel, de mouvant.
Anne Fontaine,
Dossier de presse de Coco avant Chanel

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Le canevas mélodramatique des biographies des femmes artistes

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Etude d'un genre : la biographie filmée par Barbara Velasco

La matière mélodramatique des destinées de ces femmes artistes

Francoise-SaganLe mélodrame au cinéma est caractérisé par l'oscillation entre les moments de joie et les moments de détresse. Passion, fragilité, isolation, amour, succès, doutes, ... la vie d'artiste fournit au cinéaste une matière narrative mélodramatique. L'idée n'est jamais loin de faire naître l'envol artistique du drame et de la désillusion.

Ma vie, c’est l’histoire – et souvent le drame - de la femme seule, ses misères, sa grandeur, le combat inégal et passionnant qu’elle doit mener contre elle-même, contre les hommes, contre les séductions, les faiblesses et les dangers qui surgissent de toutes parts.
Une citation de Coco Chanel,
Dossier de presse de Coco avant Chanel

Outre Bonjour Tristesse, Françoise Sagan se trouve être dans l’inconscient collectif l’incarnation de l’artiste maudit. D’abord il y a le succès, les belles voitures, la fortune qui arrive d’un coup, les amours débridées : comme Colette avant elle, elle scandalise l’opinion bien-pensante à cause de ses histoires avec des femmes. Et puis il y a l’accident de voiture, la cocaïne, les parasites, les dettes qui s’accumulent, les mariages malheureux, l’incident en Colombie, une mort solitaire après une descente aux Enfers aussi longue qu’a été éclatante la célébrité.

Pierres d'achoppement : déterminisme rétroactif et effet "rosebud"

Jean-Baptiste Thoret, commentant sur avcesar.com le film Mesrine de Jean-François Richet, attire l'attention de ses lecteurs sur les "pièges" du genre biopic :

Richet évite, et avec élégance, tous les pièges du genre. Ici, pas de carnaval pour les seconds couteaux, même s’ils s’appellent Depardieu, Sagnier, Lanvin ou Gourmet. Pas de trauma originel non plus éclairant après coup le destin du personnage. Encore moins de Rosebud planqué au fond d’un placard.

Le récit d'une vie passée est souvent déformée par le fait qu'on en connaisse la fin. Audrey Tautou fait appel à sa propre expérience d'artiste pour montrer qu'un succès, même mérité ou pressenti, n'est jamais annoncé, et ne peut être vécu comme tel.

Lorsque quelqu’un connaît une belle réussite, on a tendance à dire, j’étais sûr de son succès ! J’ai connu ce bonheur, bien évidemment à un degré moindre, avec Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, mais avant, je ne savais pas qu’un jour la reconnaissance allait me tomber dessus. J’étais comme tout le monde, j’essayais d’avancer dans le doute, le questionnement et l’incertitude.
Dossier de presse de Coco avant Chanel

rosebudJouer le jeu du biopic revient parfois verser dans les poncifs du genre. Parmi ces poncifs, un dispositif narratif qui dévoile au public le secret intîme et profond de la détermination du personnage, son "rosebud".

Rosebud, nom masculin, de l'anglais rosebud signifiant 'bouton de rose', métaphore issue du film
"Citizen Kane" (...).Ce petit rien qui nous trahit en nous dévoilant aux autres.

Pierre Assouline, Rosebud, Éclats de biographies

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Récit et transmission de la culture :
des personnages modernes érigés en monuments

Le Biopic, un genre patrimonial

L'absence des normes identifiant le genre historique

Selon Violette Rouchy, auteur de la thèse La Reine Margot : Genèse et réalisation d’un film historique, le genre historique classique obéit à des canons : reconstitution « de qualité », budget important alloué à cet effort, narration linéaire, présence de héros-type. Nos biopics, réalisés dans les années 2000 et ancrés dans la culture cinématographique moderne, s'accomodent mal du genre historique ainsi circonscrit.

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Des personnages modernes érigés en monuments

La culture passée, d'une façon ou d'une autre, se cristallise dans les mémoires. Cette « mémoire simple » (Barbara Velasco) est plus aisément transmise à l'oral, et véhiculée par les médias (Télévision et Cinéma). Le XXe siècle est ainsi chargé de noms propres, d'évènements marquants, de disques, de mode, … associés plus ou moins consciemment par la mémoire collective à des périodes culturelles. Le cinéma ancré dans l'histoire culturelle contribue à renforcer ces repères, leur donnant une forme instantanément intelligible. La « fiction patrimoniale », terme choisi en référence au « héritage film » anglo-saxon, définit ce genre filmique présent au cinéma mais aussi à la télévision. Pierre Beylot et Raphaëlle Moine dans leur ouvrage, Fictions patrimoniales sur grand et petit écran : contours et enjeux d'un genre intermédiatique, nous indiquent les traits communs qui permettrons de reconnaître ce genre :

  • Forte intermédialité
  • Volonté de reconstitution ou de célébration du passé, lointain ou proche
  • Esthétique muséale
  • Fonctions mémorielles et identitaires

Dans Le cinéma français face aux genres, écrit sous la direction de Raphaelle Moine, Caroline Vernisse inscrit le biopic dans ce cette lignée de fictions patrimoniales. Objets de patrimoine au même titre que les monuments, les vies de nos artistes célèbres, comme les vies de nos hommes et femmes politiques, sont investis par les cinéastes. L'appropriation de ces fictions par le public, leur confère une fonction de commémoration du passé mais aussi de revalorisation dans le présent.

De quelque manière - célébratoire, nostalgique ou critique - qu'elles investissent le passé, les fictions patrimoniales ont (...) pour fonction de contenir l'angoisse commune d'une discontinuité insensée, de procurer l'illusion de la pérennité en fixant le passé dans le présent qui le conserve pour le futur.
Pierre Beylot et Raphaëlle Moine, Fictions patrimoniales sur grand et petit écran

Les marques extérieures du film historique ont beau être visibles de tous, être données comme les gages d'un genre et d'un jeu sur le passé, la portée du film est plus souvent liée au rapport que le passé reconstitué entretient avec le présent.
Antoine De Baecque, L'Histoire - Caméra

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Filmer les révolutions culturelles à l'échelle d'une vie : des allégories de la modernité ?

La matrice moderne du genre patrimonial

Le genre patrimonial définit mieux nos biopics que le genre historique, mais pour autant, nous n'identifions pas clairement dans nos films de forts référents identitaires, nationaux, ou historiques. Ces référents ne sont pas complétement absents, mais ils ne sont pas au coeur des films. Moins conservateurs, nos biopics véhiculent une certaine idée de la modernité ne serait-ce que par le choix de leur sujet principal. Les vies de ces femmes, qui provoquent quasiment à elles-seules le bouleversement des codes qui pesaient sur leur métiers, peuvent-elles être contées autrement qu'avec modernité ?

Aujourd’hui on est plutôt dans le "post-heritage" : ces films essayent de réintroduire une forme de critique sociale. (...) même si l’esthétique demeure fidèle aux codes du heritage film
Ariane Hudelet , maître de conférences à l’université Paris II,I sur zerodeconduite.net

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Identification du public : l'importance des seconds rôles

Benoit_Poelvoorde

« Des amis, des amours, des emmerdes ». Ainsi peut-on résumer les vies tourmentées des personnages qui nous occupent. Le canevas mélodramatique, même au cinéma, n'est pas réservé aux personnes célèbres. Malgré les destinées extraordinaires et les légendes qui entourent leurs vies, les hommages rendus par les films tendent à rendre ces personnages accessibles. Les personnages principaux sont systématiquement entourés d'une bande de seconds rôles. Ces personnages ont un rôle important. Ils sont les premiers récepteurs de la moderrnité du personnage principal (au côté du public) tout en étant généralement moins marginaux.

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vogueActualiser le passé pour parler aux jeunes générations

Jusqu'à quels point peut-on actualiser le passé ? La question s'est posée à propos de l'adaptation de la vie de Marie-Antoinette dans le film éponyme de Sofia Coppola. L'auteur du film, s'il adopte une vision moderne, n'est pas pour autant tenu de tomber dans l'anachronisme. Chaque auteur modèle librement son film en fonction du regard présent qu'il porte sur le passé. Si les historiens et spécialistes ne s'y retrouvent pas, le public est en revanche souvent séduit.

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