Denise Glaser reçoit Dick Annegarn
Dans le cadre d’un cours d’histoire des médias, donné à l’Institut National de l’audiovisuel, nous avons eu à analyser une émission de notre choix. J’ai choisi l’émission Discorama du 28 avril 1874, au cours de laquelle Denise Glazer reçoit Dick Annegarn.
Discorama : émission du 28 avril 1974
Contexte politique et culturel
Depuis la fin des années 1960, la France et le monde sont en pleine mutation. Notre émission se déroule au moment du 1e tour de l’élection présidentielle, remportée quelques jours plus tard par Valéry Giscard d’Estaing. L’émission est aussi exactement concomitante de la Révolution des Œillets au Portugal. Comme beaucoup d’émissions culturelles, Discorama passe pour être une émission de gauche. De fait, en choisissant de faire parler des artistes jeunes et engagés, Discorama se fait régulièrement l’écho des révolutions politiques, sexuelles et familiales.
Contexte médiatique
Les trois chaines de l’O.R.T.F. sont diffusées en noir et blanc. En France, environ 82% des ménages sont équipés d’une télévision. La course à l’audience a commencé, les rythmes télévisuels s’accélèrent. Denise Glaser se voit reprocher les longueurs et silences de ses entretiens. Elle n’est pas aimée de tout le monde. Certains la trouvent snob, pour d’autres elle provoque, elle dérange. La présentatrice a atteint la cinquantaine et présente l’émission depuis déjà 15 ans. Malgré une érosion de l’audience, Discorama est toujours largement suivie et soutenue par des téléspectateurs fidèles. En 1974, l’O.R.T.F. est toujours sous le joug du Ministère de l’information. Après plusieurs tentatives de libéralisation politique et d’importantes difficultés de gestion, l’O.R.T.F. sera supprimée le 7 août 1974.
Invité
Nouvellement installé à Paris, Dick Annegarn vient d’enregistrer son premier disque “Sacré Géranium” (Polydor). Le public vient de découvrir ses chansons atypiques et c’est déjà un succès. Avec ses allures de hippie intellectuel, le chanteur guitariste bruxellois de 21 ans apparaît pour la première fois à la télévision française.
Réalisation
Jean-Daniel Verhaeghe travaille régulièrement pour Discorama depuis 1969. Il perpétue le style filmique instauré depuis 1964 par Raoul Sangla et Jacques Audoir (rejet du caractère factice des shows télévisés) tout en apportant quelques éléments de renouveau.
Montage et déroulement
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Générique → 0′28
Sur fond noir : « Denise Glaser propose … Discorama 74 … Autour et alentour … Réalisation … Jean-Daniel Verhaeghe ». Un air de musique classique a détrôné le très populaire « J’ai du bon tabac ».
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Chanson 1/3 Sacré Géranium → 3′36
Introduite par un plan fixe sur l’album de Dick Annegarn, la chanson est filmée en un seul plan séquence. Sur scène, une chaise, aucun décor. « Pas besoin de sous pour être bien », le refrain fait écho au dénuement du Studio 4.
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Entretien 1/2→ 10′47
L’entretien est filmé en champ contre-champ. Le ton est amical. Denise Glaser laisse son regard se perdre sur le côté, et réconforte le chanteur : « J’ai pas du tout envie de bousculer votre programme». Ils sont assis sur de hauts tabourets, la guitare est posée au sol. Les silences sont fréquents. Dick Annegarn improvise quelques notes, commence une chanson, s’interrompt. Denise Glaser reste attentive, mais l’entretien est coupé. On lit « Un peu plus tard ». Puis on retrouve Dick Annegarn, qui donne ses impressions sur l’industrie musicale. Faire parler les artistes sur leur propre milieu est l’une des particularités de Denise Glaser.
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Chanson 2/3 L’institutrice → 13′25
Dick Annegarn est à nouveau montré seul par un unique plan séquence. En gros plan son visage, successivement grave ou amusé.
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Entretien 2/2 → 26′05
Dick Annegarn critique la carrière de Charles Trenet et Mireille. Denise Glaser réplique. Le chanteur : « Ils prennent les gens pour des cons ». La présentatrice acquiesce du regard. Quand elle lui demande de citer les artistes qui l’ont influencé, il répond : « Pour moi, c’est Dylan et Brel ». Il se met à interpréter Like a rolling stone, puis L’homme de la Mancha. Denis Glaser l’encourage, il chante Les bonbons. Un peu plus tard, c’est Polymorphose, une chanson de son disque. On approche de la fin de l’émission. Denise Glaser trouve une formule : « Cela dit j’avais pas du tout envie qu’on s’arrête ». Dick Annegarn répond : « J’espère que la porte reste ouverte ».
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Chanson 3/3 Le grand dîner → 30′00
En voix off, on entend le générique d’une voix masculine : « Denise Glaser vous a proposé Discorama, avec aujourd’hui Dick Annegarn ». Sont ensuite cités : l’ingénieur de la vision, l’ingénieur du son, les cadreurs, le directeur de la photographie, mixage, montage, script, réalisation. L’émission prend fin sur un fondu au noir.
C’est le Discorama de Denise Glaser qui m’a fait beaucoup de bien, finalement. Comme à quelques autres artistes. Cette femme avait le chic de vous laisser intact.
Dick Annegarn, à l’occasion d’une conférence de presse à l’Olympia
Présentation de l’émission Discorama
Genre
Discorama propose faire un inventaire de l’actualité musicale. Inspirée de l’émission Lecture pour tous, c’est une émission « mi-documentaire mi-variété » (Raoul Sangla, Heures ouvrables et carnet de doute). Elle fait alterner les numéros ou extraits musicaux et les entretiens avec les artistes sous forme de discussion à bâtons rompus. L’émission profite de ces entretiens avec les invités pour adopter une grande liberté de ton. Tantôt taxée de féministe, engagée, intellectuelle, Discorama est avant tout une émission de variété. C’est le rendez-vous télévisuel hebdomadaire de celles et ceux qui s’intéressent à la chanson, au rock, au music-hall, et à l’industrie culturelle en général.
Public
Discorama transgresse les codes conventionnels de la télévision de papa et sa popularité fût importante chez les jeunes. Pour autant, l’émission est souvent regardée en famille et séduit un large public, toutes générations confondues. La sincérité des entretiens interpellent le public.
Production
Discorama naît en 1959, sous l’impulsion de Denise Glaser, alors chargée de la sélection musicale du journal télévisé. Denise Glaser produit Discorama sous l’égide de la R.T.F. et de son directeur de programme Jean D’Arcy, puis de l’O.R.T.F. Au studio Cognac-Jay, elle est d’abord réalisée en direct, puis enregistrée. L’émission n’a jamais bénéficié de budgets importants. L’émission prendra fin brutalement au moment de l’éclatement de l’O.R.T.F., fin 1974.
Diffusion
L’émission est longtemps diffusée le dimanche à 12h30, après la messe et le cinéma, avant le déjeuner. A partir de 1964, suite à la création de l’O.R.T.F., elle trouve sa place sur la première chaîne. Ses heures et jours de programmation vont tout de même varier au fil des changements de direction. Discorama a aussi occupé le créneau du dimanche soir en 1e partie de soirée, avant d’être reléguée à la seconde partie de soirée.
Variété à la radio et à la télévision
Sur Europe 1, Salut les copains, animée par le décontracté Daniel Filipacchi cartonne. L’émission donne naissance au magazine éponyme, première aventure de presse de l’ex-présentateur. A la télévision, Les Raisins verts de Jean-Christophe Averty ponctue chansons et sketchs par des séquences d’animations avec effets spéciaux électroniques. Age tendre et tête de bois, puis Tête de bois et tendres années, présentée par Albert Raisner, est destinée aux plus jeunes. Les émissions produites par Maritie et Gilbert Carpentier, telles que La grande farandole ou le Sacha Show connaissent aussi un grand succès.
« Ligne éditoriale »
Productrice, présentatrice, journaliste, Denise Glaser porte littéralement Discorama. Bien qu’elle soit très sollicitée par les maisons de disque, elle s’attache à faire découvrir de nouveaux talents. Pour elle, le soutien des artistes est un engagement. Discorama décrypte les tocades et tendances d’une industrie musicale en plein boom. Toute l’émotion passe par la relation entre Denise Glaser et ses invités.
Mise en scène
Alors que les autres émissions de variétés déploient d’importants dispositifs pour faire le show, les créateurs de Discorama s’accommodent du peu de moyens alloués. Sous l’influence de la nouvelle vague, le film se veut sobre et sans artifice. Les chansons sont enregistrées en son direct dans la chaleur ambiante du studio. Le Studio 4 de Cognacq- Jay est montré comme un atelier de travail. Les téléspectateurs sont habitués à voir à l’écran échelles, projecteurs, caméras, ouvriers, … Cette posture novatrice joue un rôle important dans le succès rencontré par Discorama. Les réalisateurs expérimentent un ton impertinent, ils filment« non pas la personne qui parle mais celle qui écoute », font des « gros plans trahissant d’une manière étonnante les émotions des interlocuteurs » (Article Wikipédia sur Denise Glaser).
Réutilisations
Discorama a rempli honnêtement sa mission panoramique du paysage culturel. Les producteurs d’aujourd’hui disposent d’un large choix d’extraits parmi les 300 heures d’émission diffusées. Entretiens ou tours de chant, ces extraits sont régulièrement utilisés dans les DVD et émissions anthologiques consacrés aux artistes. Au vue de ces exploitations ultérieures, le sort de Denise Glaser peut d’ailleurs sembler ironique. Elle qui, suite à son éviction de l’O.R.T.F. en 1975, n’a jamais pu tirer de son succès public un quelconque bénéfice lucratif.
- Produite par l’I.N.A. et diffusée sur France 3, l’émission Téléscopie du 14 mai 2009 consacre son sujet à Discorama.
- Discorama, Signé Glaser, réalisé en 2008 par Esther Hoffenberg et coproduit par l’I.N.A., ce documentaire est également inclus dans le coffret de 3 DVD consacré à Discorama, et produit par l’I.N.A. et TF1 Vidéo.
Documentation
Raoul Sangla, Hommage à Denise Glaser, sur le site internet de François Fouraut
Raoul Sangla, Heures ouvrables et carnet de doute : Chronique, Éditions L’Harmattan
Article Wikipédia sur Denise Glaser
Site de Téléscopie -France 3
Site de Lapsus, société de production d’Esther Hoffenberg
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